Franck Krief tient une paire de baguettes depuis l'âge de dix ans.
Trois écoles : la batterie classique au conservatoire, l'école de jazz, et — la plus longue — vingt ans de métier dans les cabarets, casinos, grands hôtels parisiens, etc., à accompagner d'autres voix tout en composant, en silence, le monde musical qu'il finirait par écrire.
C'est de cette école-là qu'il vient : celle où l'on apprend à écouter avant de jouer, à tenir une mesure pendant que la salle bouge, à servir le morceau plutôt que la performance. Quand il commence à écrire, il écrit avec ce silence-là dans l'oreille.
Aujourd'hui, son premier programme tient en onze tableaux. Pas de chanson, pas de paroles — une écriture instrumentale qui circule entre le jazz, la musique contemporaine et les musiques du monde. Et surtout, une obsession : l'écriture qui change de mesure en cours de phrase. Une berceuse en 3/4 qui glisse soudain dans un 8/4. Un 7/4 qui marche à contre-pied. Un 12/8 qui rend hommage au cinéma. Des temps qui ne restent pas en place — ce que reconnaissent les vraies salles d'écoute.
Le spectacle Monde Nouveau rassemble treize musiciens autour de cette écriture : un orchestre à la frontière du jazz band, du quintet de chambre et du collectif de scène. Ce que la salle entend, c'est la somme de quarante ans d'accompagnement qui décide enfin d'écrire en son nom.